Relocalisation des déplacés suite au passage du cyclone Matthew : Ena et ses enfants nous accueillent dans leur nouveau foyer

Le programme ‘’Subvention au loyer’’ permet aux victimes de l’ouragan Matthew de prendre un nouveau départ. A Dame Marie, dans le département de la Grande-Anse, Ena et ses enfants nous accueillent dans leur nouvelle demeure.

Dame Marie, 14 juin 2017, Pierre 14 ans, Lovedaica 10 ans et Divins 8 ans jouent  sur la terrasse d’une petite maison colorée située sur la route principale longeant la mer. Ena, leur mère, nous attend sur le pas de la porte. « Bienvenue dans notre nouvelle maison », nous lance-t-elle joyeusement en guise d’accueil. La demeure est composée d’un espace avec cuisine, d’une chambre à coucher et d’une latrine.

Ena et sa famille sont bénéficiaires du programme ‘’Cash for Rent’’- du cash pour louer une maison. Elle recevra un cachet de 16 000 gourdes  répartis en trois tranches de paiement incluant la subvention pour an de loyer, un frais de transport et un incitatif  qui lui servira à démarrer une activité génératrice de revenus.  Le versement dette dernière tranche dépendra du fait de trouver le ménage vivant toujours dans la maison lors des visites surprises menées une fois relocalisé.

Redémarrer dans la communauté

« D’après nos études socio-économiques[1] et notre expérience, l’option de la ‘’subvention au loyer’’ pour une petite maison était la meilleure solution pour aider les victimes de Matthew. La relocalisation vise à supporter les familles se trouvant dans une situation de vulnérabilité. Nous les aidons à retourner chez eux ou à réintégrer la communauté avec une option décente de logement », précise Marguerite Jean, officier de projet CCCM à l’OIM en charge du projet de relocalisation.

Il y a neuf mois, Ena a perdu sa maison  et son commerce lors du passage de l’ouragan Matthew. Elle a résidé avec ses enfants dans un centre collectif pour déplacés au Lycée Semerzier. C’est là qu’elle a rencontré les agents de l’OIM, l’Organisation Internationale pour les Migrations, durant une sensibilisation faite pour les personnes déplacées.

Ces agents lui ont proposé de devenir bénéficiaire du «projet retour de l’OIM» qui offre la subvention pour le loyer durant un an. La relocalisation est un processus volontaire, lorsqu’une famille consent à faire partie du projet, il lui faut franchir différentes étapes.

Jackson Séjourné, assistant de projet OIM visite Ena et sa famille© IOM/Julie Harlet 2017.« La première étape est celle de la  sensibilisation, elle consiste à expliquer le projet en soi et pourquoi il est important d’opter pour la  relocalisation. Vient ensuite, l’étape de la formation. Dans un optique de résilience, les personnes sont amenées à établir les premiers contacts avec le propriétaire de leur future maison, à comprendre et mettre en application leurs responsabilités, droits et devoirs comme futurs locataires », continue Marguerite Jean.

Lorsque le bénéficiaire a choisi une maison, on procède à la phase suivante, l’inscription. Il intègre  la base de données de l’OIM. L’équipe de visite contrôle si les informations données sont correctes.

« Nous vérifions si les normes gouvernementales, environnementales, de construction et si nos standards en termes de protection sont respectés. Si cette visite est positive, nous validons le paiement de la première tranche versée  au propriétaire du lieu » ajoute Jackson Séjourné, assistant de projet à l’Unité Retour de l’OIM en Haiti.

Pour mener les activités de relocalisation, il faut également le soutien et l’aide de diverses entités du Gouvernement au travers de l’UCLPB – l’Unité de Construction de Logements et de Bâtiments Publics-et de la mairie qui est l’autorité locale la plus proche des bénéficiaires. Grâce à un document légal signé par le propriétaire et le locataire, la mairie devient la tierce personne qui défend le bénéficiaire en cas de problème avec le propriétaire.

Ena : avant et après Matthew….

La vue depuis la maison d'Ena donne sur la mer et sur les ruines des maisons detruites par l'ouragan MathieuEna est une commerçante qui vendait des pistaches  et des ustensiles de cuisine en plastique avant que l’ouragan n’emporte tout. La dernière somme d’argent qui lui sera versée lui permettra de redémarrer son commerce et de trouver un revenu fixe qui lui servira, l’année prochaine, à payer son loyer et de subvenir aux besoins de sa famille. « L’OIM, se bon bagay (c’est une bonne chose- en créole), car l’organisation nous aide à récupérer nos vies, à redémarrer après la catastrophe », conclut-elle.

L’OIM et ses partenaires ont permis à 319 ménages comme celui d’Ena d’être relocalisés dans un logement décent, leur offrant ainsi un nouveau départ.

Alors qu’une nouvelle saison cyclonique est en cours, on compte encore 3,618  personnes hébergées dans des  51 sites de déplacement dans les départements de la Grand’Anse, du Sud et des Nippes[2].

Le retour digne et sécurisé, dans les communautés d’origine des personnes déplacées suite au passage de l’ouragan Matthew, ne se fera qu’au travers de solutions de logements et d’accès à des moyens de subsistance durables. Une augmentation du financement pour le secteur « CCCM » associée aux interventions des partenaires « Shelter », permettra à ces familles de quitter les camps et les centres d’évacuation pour rejoindre leurs communautés, réduisant ainsi leur vulnérabilité aux intempéries.

 

 

 

Julie Harlet IOM Haiti

Crédit photos © IOM/Julie Harlet 2017.

 

 

 

 

 

 

 


[1] Ces études menées par l’équipe DTM de l’OIM en Haiti permettent de dégager quel sera montant idéal pour aider la famille à être relocalisée afin de déterminer par région quel montant doit être alloué aux familles sans dé-balancer l’économie. L’OIM qui travaille pour et à la demande du gouvernement développe des arguments solides pour étayer la volonté de payer telle ou telle tranche en fonction de la zone affectée.

[2] IOM Haiti-DTM Report- Juin 2017