7 ans après le séisme de 2010, qui sont les derniers déplacés ?

Plus de 7 ans après, 3% de la population déplacée par le tremblement de terre vit toujours dans des camps. Rencontre avec ces hommes, femmes et enfants au camp MODSOL de Léogane en périphérie de Port-au-Prince.

 Aris Wilner, vice president of the MODSOL camp management committee

Sept ans après le terrible tremblement de terre qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010, les efforts du gouvernement Haïtien et de la communauté internationale ont permis de relocaliser 301,142 personnes déplacées (soit  89,739 ménages)[1] .

Parmi les 37,867 personnes[2] qui vivent encore dans des camps, il y a Annie et Roselyne ; Joselin et son fils Josy, Lovedaica et son vélo, et beaucoup d’autres.

Aujourd’hui, un dernier effort pourrait permettre de mettre un terme au déplacement grâce à la relocalisation ou à l’intégration des camps restants dans les quartiers d’origines.

La visite du camp MODSOL commence avec le large sourire de Aris Wilner dit « Amos », vice-président du comité de gestion de MODSOL Mouvement des Organisations pour le Développement de Santo Léogane. C’est lui qui nous entrainent dans les allées de ce camp où vivent  458 ménages (1776 personnes). Le camp se divise en quatre « blocs ».

Fred agent CMO à l'OIM en Haïti entouré de Annie et Roselyne« Nous commençons par la zone de MODSOL 4. Ce bloc numéro 4 est le plus vulnérable du camp et est sujet aux inondations. », commence Aris. Nous le suivons à travers les tentes, les bâches et les tôles et arrivons dans la demeure d’Annie 65 ans et de Roselyne 25 ans. Elles n’ont aucun lien de parenté pourtant, elles vivent ensemble sous la tôle et le bois avec les trois petits enfants d’Annie et les trois enfants de Roselyne « Bientôt nous serons un ou une de plus », affirme Roselyne en caressant son ventre rond.

Attendre que la vie change…

Leurs journées, elles les passent à faire du ménage, préparer le repas, faire la vaisselle, aller à l’église et à attendre. Attendre les cadeaux « des amis ». Attendre que le Pasteur paie l’inscription des enfants à l’école « Le pasteur paie pour trois des six enfants qui vivent sous ce toit. C’est une chance pour eux d’aller à l’école » précise Roselyne.

 Attendre que la vie change et qu’une opportunité pointe le bout de son nez. Attendre d’être qualifiée pour avoir un emploi, attendre de démarrer un commerce. Attendre, depuis 7 ans déjà. Attendre encore et toujours. « Nous allons parfois au marché et faisons un peu d’argent mais nous vivons surtout de donation », confirme Annie

Joselin, "patron" de la salle de cinéma du campUn bloc plus loin, les bâches, tentes déchirées, morceaux de bois et de tôles font place à des constructions « en dur ». Nous voici au bloc de MODSOL 3. Notre guide, Aris frappe à une porte au-dessus de laquelle une enseigne indique « La bénédiction de l’éternel, Ciné »

Joselin, 35 ans, ouvre  et nous laisse pénétrer dans la salle de cinéma du camp composées de bancs de bétons, d’une télévision et d’affiches de films usées et jaunies. Pour 5o Htg- moins d’un dollars US- par personne au rythme de trois séances par jour, le propriétaire de la salle de cinéma, diffuse des matchs de football, des séries et des films. « Ce sont les matchs de football qui rassemblent le plus de monde. Ma salle peut contenir jusqu’à 80 personnes, parfois plus. Hier nous avons diffusé la série ‘Legend of Seeker’ » , confirme-t-il

« Moi je voudrais voir Merlin », s’élève une petite voix, « C’est mon film préféré.»  Menton et coudes posés sur le banc de béton, Josy 5 ans, attend patiemment que son père, insère le dvd de Merlin l’Enchanteur dans le lecteur.

 

Josy, 5 ans profite de la salle de cinéma tenue par son papa pour profiter de séance de visionnage privée  Certains soirs, Joselin accueille plus de 80 personnes pour visionner des films, matchs ou séries.

Les solutions durables manquent...Lovedaica, 11 ans, profite des vacances d'été et de son vélo

Nous repartons dans les allées boueuses du camp. Haiti connait une nouvelle saison cyclonique. La boue rend notre passage difficile à certains endroits. Quelques mètres plus loin, nous changeons à nouveau de bloc. Nous voici à MODSOL 2 et c’est Lovedaica qui nous accueille « à la frontière ». A 11 ans, elle est en quatrième années et connait un léger retard scolaire. Ce sont les vacances d’été et elle profite de son vélo.  Elle roule quelques mètres à nos côtes en discutant  et disparait en appuyant sur les pédales. Les quartiers MODSOL 2 et 1 sont composées de petites chaumières en bois, des abris temporaires dits ’’T- Shelter’’ qui ne devaient accueillir les déplacés que pour 3 ans seulement. Dû au manque des solutions durables, ils habitent toujours dans ces structures temporaires. 51.9% des camps qui demeurent ouverts comptent avec une majorité d’abris ‘T-Shelter’. Nous retrouvons Lovedaica au bloc de MODOSL 1, où elle s’est arrêtée un instant auprès du marchand de glace. Le vieil homme, assailli, d’enfants par cette chaude journée de juillet sourit. Ses affaires sont bonnes aujourd’hui !

« J’aimerais bénéficier d’un micro-crédit et recevoir une formation pour que mon commerce prospère »

Pour le vendeur de glaces, le business fonctionne bien en cette chaude journée d'été.Non loin de là, le président du comité de gestion du camp nous attend. « Certains habitants des camps ont un business, ils vendent des petites choses, des pois, du riz ou de l’huile », commente-t-il. « Mais la majorité des personnes qui vivent ici ne font rien. Les hommes travaillent dans les champs ou dans la construction, les femmes, faute de moyens n’ont pas reçu de formation. Elles restent avec les enfants à la maison. Nous avons le projet d’ouvrir une école professionnelle pour les femmes et les filles. Elles pourront y apprendre la couture, l’art floral, les métiers d’infirmières, auxiliaires infirmières, et de sages femme

Avoir une activité génératrice de revenus est un espoir partagé par de nombreux habitants et habitantes au camp MODSOL. « J’ai un petit commerce », explique Jocelyne, « J’aimerais bénéficier d’un micro-crédit et recevoir une formation pour que mon commerce prospère.»

Dans ce camp comme dans tous les autres camps où il n’y a pas un projet de relocalisation/formalisation en cours, l’OIM est la seule organisation présente.

Dans ce camp comme dans d’autres, l’OIM est la seule organisation présente. Le suivi régulier de ses équipes permet de fournir des solutions de dernier recours aux cas les plus urgentsLe suivi régulier des équipes de l’OIM sur la situation humanitaire dans les camps permet de fournir des solutions de dernier recours aux cas les plus urgents en attendant la mise en œuvre de solutions durables pour les populations déplacées conformément à la stratégie du gouvernement.

Aujourd’hui, 37,867 déplacés (soit 9,347  ménages) par le tremblement de terre de 2010 vivent encore dans 27 sites[3]. 97% de la population déplacée lors du terrible tremblement de terre qui a frappé Haïti le 12 janvier 2010 a quitté les camps.

Depuis 2010, 1,528 sites ont fermé et plus de 1.5 million de personnes sont retournées ou ont été relocalisées grâce à l’appui de plusieurs bailleurs de fonds conscients de l’urgence.

Actuellement l’OIM,   est impliqué dans les activités de relocalisation dans la région métropolitaine, grâce aux contributions du Gouvernement du Canada.

Plus de 7 ans après, un dernier effort complémentaire pourrait permettre de mettre un terme au déplacement grâce à la relocalisation ou à l’intégration des camps restants dans leurs quartiers d’origine. Actuellement, l'OIM discute avec les autorités locales et nationales de la possibilité de relocaliser une partie des personnes déplacées dans le camp MODSOL.

 

Julie Harlet OIM Haiti

Photos © IOM/JulieHarlet2017

 

 

[1] IOM Haiti, DTM Report, Juin 2017, Table 3: Households, individuals, and sites status (open or closed) from July 2010 to June 2017, p.7 http://haiti.iom.int/sites/default/files/documents_files/2017-07-14%20-%20IOM%20Haiti%20-%20DTM%20Report%20-%20June%202017.pdf 

[2] IDEM

[3] IDEM